François Schott,



Agefi-Dow Jones





PARIS (Agefi-Dow Jones)--Loin d'être une aubaine pour les distributeurs français, le retour de l'inflation constitue plutôt un dilemme. Sur un marché très concurrentiel, répercuter les hausses des prix des produits alimentaires et des coûts logistiques sur ses clients peut conduire à des pertes de parts de marché et de chiffre d'affaires. L'alternative consiste à rogner sur des marges déjà peu reluisantes.



Pour l'heure, la valse des étiquettes n'a pas eu lieu dans les grandes surfaces. Alors que les prix à la pompe flambent depuis plusieurs semaines, ceux observés à l'intérieur des magasins restent sages. En septembre, sur un an, ils ont même reculé de 0,57%, selon les données compilées par la société IRI à partir de l'analyse des tickets de caisse des clients.



Cette modération est due au fait qu'en France, les prix de nombreux produits de grande consommation sont fixés une fois par an, à la fin février, au terme de négociations commerciales entre distributeurs et industriels de l'agro-alimentaire.



Cependant, certains produits échappent à cette logique, comme les marques distributeurs et les produits non transformés. Sur ces dernières catégories, des hausses sont bien observées. L'inflation sur les pâtes "premier prix" atteint près de 10% en septembre sur un an, selon IRI.



Le papier et les fruits et légumes sont également concernés. "Ces hausses de prix sont liées à des facteurs conjoncturels, notamment un été pourri en France qui a entraîné de mauvaises récoltes", souffle une source au sein d'un grand distributeur, ajoutant qu'il est trop tôt pour parler d'inflation généralisée.



Les indépendants prêts à relancer la guerre des prix



Pour Clément Génelot, analyste chez Bryan, Garnier & Co, les distributeurs français ne peuvent pas se permettre de répercuter l'intégralité de la hausse des coûts d'achat.



"Plus un marché est concurrentiel, moins il y a d'inflation car les acteurs sont prêts à rogner sur leurs marges. L'inflation ne mettra pas fin à la guerre des prix entre distributeurs, d'autant moins qu'ils sont confrontés à des pertes de chiffre d'affaires liées à la réouverture des restaurants et des lieux de loisirs", avance-t-il.



Une inflation modérée peut cependant se révéler positive pour les distributeurs et leurs fournisseurs. "Si l'impact est mesuré, cela permet à la chaîne d'approvisionnement de rester saine et les clients peuvent l'accepter", souligne Nishant Choudhary, analyste chez AlphaValue, ajoutant que les commerçants ne répercuteront probablement pas l'ensemble de la hausse des coûts sur leurs clients.



Certaines enseignes ont déjà indiqué qu'elles étaient prêtes à rogner sur leurs marges. C'est le cas de Leclerc qui entend ainsi défendre les parts de marchés gagnées pendant le confinement. "Si les indépendants comme Leclerc ou Intermarché font en sorte de freiner au maximum l'inflation en magasins, Carrefour sera obligé de suivre. Pour Casino, c'est plus compliqué car ils ne peuvent pas se permettre de baisser davantage leurs marges", affirme Clément Génelot.



Un fardeau à partager avec les fournisseurs



Les distributeurs comptent sur les prochaines négociations commerciales afin de contenir au maximum la hausse des prix en 2022. Mais en face, les fournisseurs fourbissent leurs armes. Plusieurs grands noms de l'agro-alimentaire dont Nestlé, Unilever et PepsiCo ont déjà annoncé des hausses de prix liées à la flambée de certaines matières premières, mais aussi des coûts de transports et des emballages.



Le projet de loi Egalim2, qui doit être adopté avant la fin de l'année, pourrait par ailleurs limiter les marges de négociation. Il entend sanctuariser les prix des denrées agricoles au travers de contrats passés entre agriculteurs et industriels, et prévoit une clause de renégociation des prix fournisseurs en cas de variation de coûts des intrants, dont le transport et les emballages.



"Bien que nous attendions davantage de détails pour comprendre pleinement l'impact d'Egalim2, nous pensons que les fournisseurs et les distributeurs partageront le fardeau d'une éventuelle augmentation des prix. Les distributeurs pourraient se tourner vers d'autres sources de revenus, en exploitant notamment les données des clients et les outils analytiques afin renforcer leurs offres de marketing auprès des fournisseurs", souligne Nishant Choudhary, chez AlphaValue.



Contrer l'inflation constitue un nouveau défi pour les distributeurs traditionnels, qui sont également confrontés à la montée en puissance des distributeurs low-cost et des acteurs du e-commerce. Après un bon début d'année en Bourse, Carrefour et Casino marquent le pas. Leurs titres ont abandonné respectivement 6% et 11% depuis la fin juin, contre une hausse de 1% pour le CAC 40. Les analystes s'attendent à une nette décélération des ventes en données comparables au troisième trimestre, du fait notamment d'effets de base défavorables. Mais si l'inflation perdure, les investisseurs devront également surveiller le niveau des marges au cours des prochains trimestres.





-François Schott, Agefi-Dow Jones; +33 (0)1 41 27 47 92; fschott@agefi.fr ed: ECH



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(END) Dow Jones Newswires



October 07, 2021 09:31 ET (13:31 GMT)




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