Dimitri Delmond,



Agefi-Dow Jones



PARIS (Agefi-Dow Jones)--Cet été, leurs titres ont parfois vibré au rythme des annonces et rumeurs provenant d'outre-Manche. Les actionnaires de Carrefour et de Casino ne devraient toutefois pas se bercer d'illusions. "Il y a peu de chances que la spéculation qui agite le secteur britannique de la distribution gagne la France, car le marché est plus stable, plus rationnel et procure une visibilité plus importante au Royaume-Uni que dans l'Hexagone", prévient Nicolas Champ, analyste chez Barclays.



Outre-Manche, cela fait déjà plus de deux mois que les fonds d'investissement Clayton Dubilier & Rice et Fortress Investment Group se disputent le contrôle de Morrison, tandis que le géant américain du capital-investissement Apollo Global Management songerait à s'offrir Sainsbury, selon le Sunday Times. Bernstein parie que Tesco sera le prochain sur la liste. A l'automne dernier, c'est le distributeur américain Walmart qui déclenchait cette fièvre spéculative en cédant son enseigne britannique Asda à deux entrepreneurs alliés à un fonds d'investissement anglais.



L'intérêt d'acquéreurs pour les distributeurs au Royaume-Uni témoigne de l'amélioration des perspectives économiques du secteur et il n'est pas fantaisiste de spéculer sur le fait qu'il n'y aura plus, à terme, de supermarchés cotés à la Bourse de Londres, considère Shore Capital. "L'amélioration de l'économie du secteur reflète un mélange de ventes élevées, de redressement des rendements en ligne, de réduction des coûts d'exploitation et de discipline en matière de capital", détaille l'intermédiaire financier.



"La distribution britannique présente une structure concurrentielle plus homogène, une exposition géographique plus restreinte (souvent limitée au seul Royaume-Uni) et une rentabilité moyenne supérieure, ce qui facilite la tâche pour un groupe de capital-investissement", appuie Cédric Lecasble, analyste chez Stifel.



La large dispersion géographique de Carrefour et de Casino en même temps que leur forte exposition au marché français bride leur intérêt spéculatif. La France est le marché européen le plus compétitif en matière de politique de prix notamment, car dominé par des acteurs non cotés en Bourse, dont les stratégies sont décorrélées des exigences des marchés financiers. Entre les dommages planétaires du changement climatique, qui aura rarement touché autant de filières agricoles, et la boulimie des consommateurs chinois, le contexte est "explosif" en France sur le plan des prix alimentaires, explique Invest Securities.



La souveraineté alimentaire, enjeu dissuasif



Cette situation est préoccupante à l'aube de l'examen par le Sénat du projet de loi Egalim 2, qui doit corriger certains manquements du texte initial et améliorer la rémunération des agriculteurs. Cette loi, qui devrait s'appliquer pour les négociations commerciales portant sur l'année 2022, pose le retour à une économie de prix partiellement administrés et va "écorner le pouvoir de négociation des grandes enseignes françaises et leur emprise sur la formation des prix", poursuit Invest Securities.



Autre facteur important qui ne plaide pas pour l'arrivée imminente d'une offre de rachat visant Carrefour ou Casino : la réticence du gouvernement français à céder la gestion de ces importants employeurs privés à des investisseurs institutionnels ou industriels étrangers. "En bloquant en début d'année le projet de rapprochement entre Carrefour et Couche-Tard, au nom de la souveraineté alimentaire nationale, les pouvoirs publics français ont fait preuve d'une extrême fermeté, que l'on ne retrouve pas outre-Manche", constate Clément Genelot, analyste chez Bryan, Garnier & Co.



Douché par l'échec de ces négociations franco-québécoises qu'il soutenait, et probablement convaincu qu'elles ne reprendront pas, Bernard Arnault a tranché dans le vif. Le milliardaire a cédé la semaine dernière le solde de sa participation de 5,7% dans le capital de Carrefour, à un prix bien inférieur à sa mise de départ. "Bernard Arnault est conscient que des industriels tels que le britannique Tesco et l'américain Walmart n'ont aucune intention d'acquérir Carrefour et donc de s'établir dans de nouveaux pays, vu que les groupes de distribution s'échinent surtout en ce moment à resserrer leur empreinte géographique", glisse un gérant basé à Paris.



"Concernant Casino, qui fait figure de maillon faible dans le secteur de la distribution en France avec Auchan, aucune opération sur le capital ne devrait intervenir avant 2023, date du remboursement d'une partie importante de la dette de sa maison mère Rallye", estime Nicolas Champ. D'ici là, seules des cessions d'actifs sont envisageables, et même nécessaires. "Monoprix est un actif suffisamment différencié pour intéresser l'ensemble de la distribution classique ainsi que de nouveaux prédateurs potentiels, tel Amazon", considère Cédric Lecasble.



Privés d'intérêt spéculatif, Carrefour et Casino devront se montrer irréprochables, le premier dans l'exécution de son plan stratégique et le second dans les cessions d'actifs promises aux investisseurs. Alors que les indices SBF 120 et CAC 40 gagnent 35% depuis un an, les cours de Bourse des deux distributeurs progressent timidement de 10%.



-Dimitri Delmond, Agefi-Dow Jones; +33 (0)1 41 27 47 31; ddelmond@agefi.fr ed: ECH



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September 07, 2021 03:07 ET (07:07 GMT)




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